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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 12:23

commerce bio et éthique ? Réponses mises en ligne dès leur réception

M. Serge Mézens le 3 octobre 2013

81800 Mézens

Cher Monsieur Jean-Pierre Camo

Je vous appelle cher Monsieur non pas par flagornerie mais parce que je vous dois en partie , par votre revue mensuelle Biocontact , mon orientation dans la naturopathie dont je prépare le diplôme.

Ce pourrait être même le sujet de mon courrier.

Pourtant, je dois vous écrire pour ce qui me semble une injustice faite à une personne éthique et humaniste qui diffusait votre mensuel aux clients du marché de Rabastens, XXXXXX, vendeur militant de boulangerie.

Vous lui avez refusé la distribution de Biocontact , lui qui avait distribué le numéro 1.

Je ne comprends pas votre intervention.

Votre mensuel est donné par un bar -restaurant et par d'autres personnes de magasins bio dont je dois vous parler.

En effet, je cherche du chlorure de magnésium au kilo, qui coûtent entre cinq et 6 euros, pour prendre des bains au magnésium (problèmes articulaires, musculaires, apaisement) plus économiques et dans plusieurs magasins on me le refuse en me disant que c'est impossible, alors que dans l'un j’en avais commandé deux kilos à une vendeuse qui m'a téléphoné pour me dire que c'était arrivé.

Plusieurs semaines après, je suis "passé " en caisse avec le patron de cette boutique ou plutôt ce supermarché, il m'a dit que ça n’existait pas et que c’était impossible (cf Celnat).

Sachez que les 100 g de chlorure de magnésium coûtent environ 2,20 € et que le kilo environ 5 € , et que certains patrons préfèrent vendre de petits sachets plutôt qu'un grand moins cher donc avec moins de bénéfices.

L'un d'eux m' avait proposé de commander le kilo au prix de 22 €, soit dix fois le prix du sachet de 100g !

Ma compagne dit que ce sont des gens cupides qui veulent se remplir les poches sur le dos des clients.

Par ailleurs, j'en trouve au magasin Biomonde de Lavaur dont je souligne l'éthique.

Ainsi, vous savez maintenant à qui vous avez refusé et à qui vous donnez votre mensuel à distribuer.

Je vous prie donc d'avoir une bonne réaction: de bien vouloir redonner à XXXXXXX la distribution de Biocontact.

Croyant que vous aurez cette élégance après cette lettre, je vous prie d'agréer , cher Monsieur Jean-Pierre Camo, l'expression de mes cordiales salutations.

Copie à :

CELNAT - 213, avenue Antoine Lavoisier - Z.I. ,43700 SAINT-GERMAIN LAPRADE – France

Unité Départementale de la Concurrence de la Consommation et de la Répression des Fraudes du Tarn,Cité administrative 18 avenue du Maréchal Joffre 81012 Albi CEDEX 9

Réponse de Concurrence de la Consommation et Répression des Fraudes du Tarn: faire jouer la concurrence, on peut vendre une boite d'allumettes 1000 euros, c'est la liberté du commerce !

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 13:32

Quand l'adoption tourne à l'enfer : Marianne du 26 juin 2010

Environ 4 000 enfants sont adoptés chaque année en France. Des milliers de belles histoires d'amour familial, confortées par une poignée de people exhibant leurs tribus Benetton. Pourtant, dans bien des cas, la greffe ne prend pas et le lien finit par casser dans des drames insoutenables. Enquête sur un tabou.


Le 8 avril 2010, un petit bonhomme de 7 ans débarque seul à l'aéroport de Moscou, une missive à la main. Artem Justin vient d'être renvoyé par sa mère adoptive pour tromperie sur la marchandise. Dans sa lettre, Torry-Ann Hansen, une Américaine de 34 ans, affirme que le garçon menace la sécurité de sa famille et se plaint d'avoir été induite en erreur par l'orphelinat qui le lui avait confié : " Cet enfant est mentalement instable. " Choqué, le ministre russe des Affaires étrangères ordonne immédiatement le gel des adoptions américaines dans le pays.

En décembre 2007, c'est un diplomate néerlandais en poste à Hongkong qui, avec son épouse, a rendu aux services sociaux leur fille adoptive, Jade, une Coréenne adoptée en 2000, à l'âge de 4 mois, en arguant qu'elle ne s'acclimatait pas. Entre-temps, le couple avait donné naissance à deux enfants " biologiques ". L'année précédente, en France, un autre abandon d'adopté avait défrayé la chronique angevine. Un cadre bancaire et sa femme enseignante qui, six mois plus tôt, avaient accueilli une petite Haïtienne de 7 ans, suspendaient la procédure d'adoption au prétexte qu'elle présentait des troubles du comportement frisant l'hystérie et la remettaient aux services sociaux. Puis, ils ont porté plainte contre l'association qui s'était entremise, exigeant d'être remboursés.

Chaque fois, d'un bout à l'autre de la planète, les médias effarés posent la question : peut-on renvoyer un enfant adopté comme un produit défectueux ? En tout cas, on le fait. Beaucoup plus qu'on ne le croit et qu'on ne le dit. " C'est un sujet tabou, accuse le pédopsychiatre Pierre Lévy-Soussan, qui publiera cet automne un livre sur l'adoption (1). Les chiffres officiels ne reflètent qu'une part de la réalité. Nous, les professionnels, pensons qu'il y a au moins 15 % d'échecs graves, avec rejet actif ou passif de l'enfant, et mise à l'écart de ce dernier. "

Des parents dans le fantasme...

Car, parfois, l'adoption ne " prend " pas. " Il y a des enfants qui n'ont jamais adopté leurs parents, et des parents qui n'ont jamais adopté leurs enfants ", confirme le psychanalyste Nazir Hamad (2), qui a longtemps dirigé un centre médico-psycho-pédagogique (CMPP). Ils éprouvent le sentiment étrange de ne pas être dans le bon film, ou courent après une histoire fantasmatique. Rongé par la haine ou l'incompréhension, le lien finit par casser. Souvent à l'âge adulte, attendu avec impatience par les uns comme les autres. Parfois avant. Et c'est le drame.

Officiellement, la morale commune réprouve. Les services sociaux tentent d'atténuer les chocs. Et la justice, rarement, condamne. Le couple angevin qui avait porté plainte contre l'association, prétextant que l'enfant ne correspondait pas à ce qu'il attendait, sollicitait en outre une expertise " médico-ethnologique " pour démontrer que la petite fille était toujours influencée par " les rites vaudou et démoniaques " de son pays natal : le tribunal a rejeté ses demandes. Mieux, il a condamné les parents à verser 700 € à l'association mise en cause, et 600 € aux services sociaux. Le parquet de Nantes est allé plus loin en poursuivant un couple adoptif pour abandon. Après la naissance de leur fille biologique, ces parents avaient remis à l'Aide sociale à l'enfance (ASE) les deux enfants âgés de 12 et 13 ans, adoptés en Ethiopie quatre ans plus tôt, en expliquant qu'ils étaient " violents et difficiles " : ils payaient pour leurs frais de garde, mais ne les voyaient plus. La justice les a condamnés à neuf mois de prison avec sursis.

Entre honte et désespoir

Pourtant, une séparation, parfois, c'est mieux pour l'enfant, et c'est mieux pour les parents, s'insurge Nazir Hamad. " Il est normal qu'il y ait des ratés. Arrêtons d'idéaliser l'adoption. " Mais ceux qui se risquent à évoquer ce qui ne va pas sont aussitôt soupçonnés de la diaboliser. D'où un certain aveuglement sur les loupés et leurs causes. Les associations n'aiment guère qu'on aborde le sujet. " Je ne pense pas que les problèmes des enfants adoptés soient plus grands que ceux des enfants de divorcés ", argue Guilherme-Luc Malet, 26 ans, pour La voix des adoptés. " Soyez honnête sur l'adoption, renchérit David Hamon, le président de Racines coréennes, autre association d'adoptés. Il y a aussi de belles histoires. " En publiant en 2005 un roman inspiré de son expérience de mère adoptive, Evelyne Pisier (3) a déchaîné un déferlement de fureur. " Je n'avais pas pensé que je levais un tabou en écrivant ce livre, analyse-t-elle aujourd'hui. En me voyant attaquée, j'ai compris que les gens étaient plus honteux et malheureux d'avoir des enfants difficiles quand ils les avaient adoptés que lorsqu'ils leur avaient donné naissance. " Soulagés, certains lecteurs l'ont remerciée : " On croyait qu'on n'avait pas le droit de dire à quel point on avait le sentiment d'avoir raté l'adoption. "

Pourtant, " il faut en parler ", insiste le pédopsychiatre Xavier Pommereau, qui dirige à Bordeaux une consultation pour adolescents. Pour que les parents en difficulté se trouvent moins seuls. Pour identifier les dysfonctionnements institutionnels qui fragilisent l'adoption. L'opprobre qui pèse sur les échecs d'adoption se nourrit de fables spectaculaires, où l'on voit les stars, de Mia Farrow à Angelina Jolie, s'offrir sur le dos d'enfants de toute couleur une image publicitaire de bienfaitrice de l'humanité. Mais, dans la vraie vie, affirme Pommereau, " 30 % des familles adoptives connaissent de graves difficultés, soit une sur trois, au lieu d'une sur sept (15 %) chez les autres ". Les juges des mineurs le savent, qui doivent éponger les affaires les plus explosives. A Bobigny, Muriel Eglin témoigne : " Je ne veux pas faire peur aux parents adoptifs ni aux enfants, mais, c'est vrai, nous voyons des adolescents demander à quitter leurs parents, qu'ils perçoivent comme persécuteurs. Et, quand la vie en commun est devenue impossible, des parents demandent parfois la révocation de l'adoption, si elle n'est pas plénière, ou un placement à l'ASE. "

Parfois, c'est l'enfant qui élève un mur contre sa famille. Comme cette adolescente déscolarisée venue au tribunal pour enfants de Paris demander à quitter ses parents. " Je l'ai envoyée en séjour dit de rupture, car l'éloignement provisoire permet de renouer des relations sur d'autres bases au retour ", explique Marie-Pierre Hourcade, vice-présidente du tribunal. Celle-ci affirme que le facteur adoption n'est pas déterminant dans chaque dossier. " Mais, parfois, des enfants adoptés sont rejetés par des familles très rigides, dénuées de compréhension, qui se remettent peu en cause. " Les parents supplient : " Prenez-le. On a tout fait pour le sortir de sa condition. Mais on ne peut rien contre l'hérédité. On n'en veut plus, on n'en peut plus, gardez-le. " Dans les familles lambda, ça n'arrive pas, précise la juge. " On leur impose un placement, ils le réclament parfois. Mais ils ne disent pas : "Je ne veux plus de cet enfant." "

Certains adolescents se lancent dans des conduites " apocalyptiques ", constate le Dr Pommereau. Fugues, drogue, vols... " Plus l'enfant est à feu et à sang, plus les parents campent sur des positions raides car ils ont le sentiment que le regard sur eux va être péjoratif ", explique-t-il. Au départ, avant l'adoption, tous sont persuadés que l'amour suffira. Ils se trompent, préviennent les psys. Nazir Hamad, qui suit les dossiers d'adoption sur le territoire français, demande toujours à rencontrer les futurs parents pour leur exposer les difficultés de l'enfant qu'ils vont se voir confier. Un jour, il traite le cas d'une petite fille de 5 ans, dont l'histoire est lourde. " Comme la plupart des parents, toujours très pressés d'adopter, le couple adoptant était si content d'être parvenu à ses fins qu'il ne m'écoutait pas, protestant qu'il l'entourerait, qu'il saurait la rassurer. " Un an plus tard, le couple abandonne la petite à l'ASE. Au lieu d'admettre qu'ils avaient eu du mal à gérer la situation, les parents ont clamé que les services sociaux et le psychanalyste leur avaient menti sur l'état réel de leur fille. " Voilà comment les parents essaient de sauver leur narcissisme, soupire Nazir Hamad. Mais ils n'échapperont pas aux conséquences de leurs actes. Pour l'enfant comme pour eux, cette histoire restera traumatisante. "

Tous les enfants adoptés n'ont pas de problèmes, rétorquent les associations, et, s'ils en ont, qu'est-ce qui prouve que c'est dû à l'adoption ? " On ramène tout à ça, s'agace David. On entend féliciter les parents : "Oh, qu'il est mignon ! C'est bien ce que vous faites !" Comme si on était des bêtes curieuses. " Guilherme-Luc Malet raconte qu'il était nul en maths : " Au collège, mon prof m'a expliqué que j'avais un problème de logique parce que j'avais été adopté. " Tous vivent ces allusions répétées comme une addition de petites humiliations. Présidente d'honneur de La voix des adoptés, Janice Peyré affirme que beaucoup d'enfants typés souffrent moins de leur parcours que d'être perçus au supermarché comme des " délinquants potentiels ".

Un passé si lourd à porter...

Pourquoi le nier ? Tout est fait pour que l'enfant n'oublie pas qu'il est adopté, depuis qu'on conseille aux parents de dire la vérité à leurs enfants, à qui l'on donne des détails dont certains se passeraient bien. " Combien c'était, pour me vendre ? " demande une petite fille de 6 ans. " On finit par donner un statut à l'enfant adopté en fonction de son passé au lieu de le laisser s'identifier à son avenir ", observe Nazir Hamad. Certains enfants sont meurtris par ce passé. " Selon le contexte, ils ont pu être maltraités, admet Geneviève Miral, présidente de la puissante association Enfance et familles d'adoption (EFA). Avoir souffert de carences alimentaires, n'avoir jamais été portés, embrassés, câlinés. " A vif, certains remâchent les bribes d'informations qu'ils possèdent sur leur génitrice, comme Océane qui sait que sa mère biologique était très jeune : " Soit elle a été violée, soit elle s'est prostituée. Donc je n'ai pas été désirée. " En écho, une autre adoptée gémit : " Je ne suis finalement qu'une erreur de la nature : personne n'a voulu de moi, je ne devrais pas exister. "

Les enfants adoptés présentent par définition des troubles de l'attachement puisqu'ils ont vécu un arrachement majeur en étant abandonnés par leur mère biologique. Mais Pierre Lévy-Soussan affirme que cette explication ne suffit pas. Et que s'en contenter expose à dégager les parents de leurs responsabilités. C'est l'enfant qui a des problèmes, pas nous, ont-ils tendance à prétendre. " L'adoption est une relation, une interaction, souligne le pédopsychiatre. Tous les enfants ne sont pas adoptables. Tous les parents ne sont pas aptes à adopter. Voilà deux réalités qu'on préfère ignorer, et qu'une politique éthique de l'adoption devrait respecter. " Or, en France, accuse Lévy-Soussan, " nous vivons en la matière sous le règne de l'amateurisme institutionnel ". Ce n'est pas faute de bibles et de rapports. Les deux derniers, celui de Catherine Villeneuve-Gokalp pour l'Ined (4) et celui de Jean-Marie Colombani pour le gouvernement, sont très sérieux. Mais ils sont plus centrés sur les procédures d'adoption que sur le devenir ultérieur des familles. On manque cruellement, en France, de données solides sur le sujet. Et le projet de loi qui dort au Parlement depuis que Nadine Morano l'a déposé le 3 avril 2009 ne règle rien. La ministre est d'ailleurs aux abonnés absents sur ce sujet. Comme si le destin de ces enfants n'était qu'une question subsidiaire.

Pourtant, parfois, l'adoption vire à l'enfer. Récemment, le Dr Pommereau a hospitalisé dans son service pour une énième tentative de suicide une adolescente qui se scarifiait compulsivement. Quarante-huit heures plus tard, le téléphone sonne. La fille décroche. C'est son père adoptif : " Allô, je t'appelle pour te dire adieu. Je pars me pendre. " A son tour, la mère a craqué et tutoyé la mort, en avalant des médicaments. " Ces gens ne sont pas fous, observe le pédopsychiatre. Ils sont juste rendus fous par une souffrance existentielle. " Un engrenage parfois fatal. L'ado part " en vrille ", selon l'expression de Pommereau (5). La mère s'enfonce dans une dépression nerveuse. Le couple se disloque. Le père prend la poudre d'escampette. La famille tout entière se retrouve sens dessus dessous.

D'une cruauté terrible

Les spécialistes de l'adoption connaissent bien le processus. L'enfant, qui a été abandonné une fois, grandit avec la crainte irrationnelle de l'être de nouveau. Pour occuper cette peur, certains vont tester leurs parents, les pousser au rejet, les provoquer pour vérifier si le lien tient, et jusqu'où. Même adopté très tôt, il grandit aussi avec, en tête, l'image d'une autre famille, celle qu'il aurait pu avoir s'il n'avait pas été abandonné. De là à penser qu'il aurait " dû " l'avoir, il n'y a qu'un pas qu'il s'empresse de franchir à l'adolescence, au moment où l'on bataille habituellement contre ses géniteurs pour vérifier qu'on tient debout seul : " Vous n'êtes pas mes vrais parents ", balance-t-il à ceux qui l'ont adopté. Et ces derniers, confusément culpabilisés d'avoir profité de la misère du monde, ne sont pas loin de penser, face à la frimousse en colère qui les accuse de vol d'enfant, qu'ils ont commis une erreur, sinon une faute. " J'ai tant attendu ma fille, murmure une mère adoptive, je l'ai tant désirée, et maintenant elle m'insulte... " Et parce qu'ils se sentent étrangement coupables d'avoir " pris " cet enfant, certains acceptent tout de lui, même le pire. Comme cette mère, plusieurs fois battue par son fils de 17 ans qui, quand on lui demande pourquoi elle supporte cette terreur au quotidien, souffle : " Je l'ai voulu, ce garçon, je l'ai eu. "

" Il faut être solide pour adopter ", insistent les parents blessés. Ceux de Julien se croyaient, eux, bien préparés à adopter. Ils avaient déjà deux enfants biologiques et, militants humanitaires, avaient souvent accueilli des gamins en difficulté le temps des vacances ou de week-ends. Ils parrainaient des petits étrangers avec lesquels ils correspondaient et dont ils assumaient financièrement l'éducation. " Je me refusais à adopter hors des frontières, dit le père. Je trouvais violent d'arracher des enfants à leur famille, à leur culture. Et je connaissais des associations qui se livraient à du business, cela me choquait énormément. " Bref, ils décident de recueillir un garçon français de 3 ans, que ses parents avaient martyrisé. Il a 10 ans quand l'adoption est prononcée.

" Au début, ça se passait bien, raconte son père. Dès l'apprentissage de la lecture, à l'école, cela s'est dégradé. Julien est très intelligent, mais il s'est mis à improviser, inventer, repeindre la réalité. " Séducteur et performant au premier abord, il met systématiquement les adultes à ses genoux jusqu'au moment où ces derniers découvrent qu'il leur ment, affabulant sans cesse. " Je ne veux plus le voir, annonce un instituteur aux parents, votre gamin est de bric et de broc. Je n'ai pas été formé pour éduquer ce genre d'enfant. " On le place dans un établissement spécialisé, il finira par décrocher un CAP. Julien se fait rejeter des scouts, des clubs de sport, de tous les groupes. Loin de chercher le conflit frontal, il se singularise plutôt. Il vole des objets qu'il vient poser au milieu du salon. " Il est devenu agressif à sa majorité, raconte son père. Et il n'a jamais pu garder un boulot plus de trois mois. Pour arranger le tout, il nous piquait de l'argent. L'ambiance à la maison est devenue intenable. Nos aînés nous ont reproché de les laisser tomber. " Julien, comme beaucoup d'adoptés à problèmes, fait tout pour mobiliser l'attention de la famille. Ses parents finissent par demander de l'aide à un psy qui leur conseille de prendre une grande respiration et de le mettre à la porte. A 24 ans, on est en âge d'être autonome. " C'est ce qu'on a fait, raconte le père de Julien. C'était il y a dix ans. On ne l'a jamais revu. "

Julien est vivant. Ses parents l'ont appris voici quelques mois, par hasard. Ils savent aussi que leur fils ne veut pas les revoir. Et cette rupture les taraude. " Beaucoup de parents adoptifs mettent probablement plus d'énergie que la moyenne dans l'éducation de leurs enfants, affirme le Dr Pommereau. Il y a des gens formidables. C'est d'une cruauté terrible. " Mais, à entendre les psys unanimes, on ne réussit pas une adoption avec des bons sentiments. Ces derniers seraient même contre-productifs, à tel point que des professionnels plaident pour qu'on refuse l'agrément aux candidats à l'adoption dont la générosité est le ressort essentiel. " Il faut refuser l'adoption humanitaire, tranche le pédopsychiatre Christian Flavigny, patron du département de psychanalyse de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (6). Parce que cela crée une surcharge de dette, et l'enfant ne se sent pas à la hauteur de cette dette. " Les gamins à qui on répète qu'ils ont été " sauvés " d'un destin tragique disent tous à quel point la reconnaissance est un sentiment lourd à porter. Barbara Monestier, adoptée à 4 ans et demi au Chili, qui a écrit en 2005 un livre amer sur son histoire, Dis merci (éditions Anne Carrière), raconte, aujourd'hui apaisée, qu'elle aurait aimé que ses parents lui disent qu'ils avaient eu de la chance de la rencontrer, et pas seulement l'inverse : " Ils ne peuvent pas le dire, car si ce n'avait pas été moi, ç'aurait été quelqu'un d'autre. Ils considèrent qu'ils m'ont sauvée et n'ont rien à se reprocher. Sans eux, je n'aurais pas eu la culture, le confort, l'amour. Ils auraient dû arrêter avec leur altruisme, qu'ils admettent qu'ils m'ont adoptée pour se faire plaisir, pour régler leur problème de stérilité. "

" L'adoption pour sauver les enfants du monde, ce n'est plus possible, lance le Dr Lévy-Soussan. Adopter, c'est construire une famille. Ce n'est pas un hébergement. Ce n'est même pas seulement une éducation. Il faut que les parents fassent leur cet enfant, et que celui-ci accepte les identifications qu'ils lui proposent. " Et le pédopsychiatre n'a pas de mots assez durs pour ceux qui ont rapatrié des enfants d'Haïti, sans préparation, sans précaution, en invoquant l'urgence humanitaire. " On voyait arriver à l'aéroport des enfants totalement perdus, sur lesquels se précipitaient des parents parfois inadéquats, dont 90 % n'avaient jamais rencontré celui qu'ils allaient adopter. "

Parrainage ? Adoption simple ?

Mais l'ambiguïté est au coeur de l'idéologie internationale présidant à l'adoption. La convention de La Haye, en vigueur depuis 1995, insiste sur la nécessité de donner la priorité à l'intérêt supérieur de l'enfant. " On donne une famille à un enfant et non pas un enfant à une famille, c'est rabâché à tous les niveaux, râle Evelyne Pisier. On est censé faire le bien, ne pas se montrer égoïste. Si on dit qu'on est stérile, c'est une faute. Du coup, le gosse se sent redevable. " Elle conclut : " Pourquoi devrait-il plus à ses parents qu'un enfant biologique ? "

Beaucoup de drames seraient évités si enfants et parents étaient préparés à l'aventure, et si chaque adoption était pensée comme une histoire singulière. Les organismes autorisés pour l'adoption (OAA) les plus précautionneux veillent au choix des adoptés comme des adoptants. Mais ils ne gèrent que 40 % des adoptions internationales, qui constituent elles-mêmes 80 % du total des adoptions. Beaucoup de candidats finissent par se débrouiller seuls, entre relations personnelles et filières parallèles. " Quand nous sommes allés chercher Nicolas en Colombie, raconte un chef d'entreprise, nous avons rencontré l'avocat puis signé dans le bureau du juge. Alors seulement, celui-ci s'est levé, a ouvert une porte, et nous avons découvert dans la pièce à côté un Nicolas surexcité. J'ai tout de suite su, trop tard, que nous allions vers des complications. " Aujourd'hui, le petit Colombien a dépassé 20 ans, et il est SDF.

Quand l'adoption tourne au drame, certains parents échaudés finissent par penser qu'il vaudrait mieux interdire l'adoption plénière, au profit de l'adoption simple, réversible, ou le parrainage. " Moi, je ne dénigre pas cette pratique ", murmure Irène, médecin et mère de sept enfants, quatre biologiques, trois adoptés. Et pourtant, elle a encore des larmes dans la voix quand elle en parle. Après avoir parrainé avec son mari des enfants cabossés que leur confiaient les services sociaux, ils ont adopté un petit Malgache. " Au début, c'est extraordinaire. On vous confie une vie, c'est bouleversant. Puis Cédric a multiplié les conduites à risque, traversant sous les roues des voitures, chipant des médicaments, mangeant des baies sauvages. " Conduites suicidaires, suggère le psy. Dès 5 ou 6 ans, l'enfant disparaît. Il s'échappe à la sortie des classes, au supermarché, lors des virées en montagne. Le psy explique que, seul Noir de la famille, il souffre de sa différence. Les parents lui offrent alors un frère. L'association à laquelle ils s'adressent insiste pour leur coller, en sus, la petite soeur de ce dernier. " Ils avaient soi-disant 10 ans et 8 ans mais je soupçonne qu'on les avait rajeunis pour les rendre plus adoptables. "

Un désastre annoncé

Très vite, dès leur entrée au collège, les enfants font bloc. En sixième, on apprend les droits de l'enfant. Un soir, à la sortie des classes, les garçons vont au tribunal, accuser père et mère de maltraitance. Mais nul ne prévient les parents. Les gamins fuguent à répétition. " On ne peut pas vous les confier, déclarent les gendarmes qui les ont retrouvés, car il y a une plainte déposée contre vous. " On ne leur en précise pas l'origine. " Dès lors, nous avions l'étiquette "maltraitance" accrochée à notre nom, sans savoir pourquoi, et nous étions d'emblée suspects. " Les enfants accumulent les bêtises, de plus en plus graves. " Même nos amis commençaient à douter de nous. " Leur vie tourne au cauchemar. L'un des garçons, Yann, menace physiquement Irène, lui casse une côte. Prévient qu'il va les empoisonner, elle et son mari. Tous deux sont perdus, isolés, stigmatisés. Le juge des mineurs refuse de les placer : " Vous les avez voulus, gardez-les. " L'éducatrice, quand la mère expose que sa démarche était humanitaire, réplique : " Pas du tout, vous y trouvez votre compte. " L'un de leurs aînés fait une dépression. Il faudra que Yann se jette sur un policier avec un couteau pour qu'enfin on écoute leur détresse et qu'on les aide. Aujourd'hui, les deux garçons sont soignés pour troubles mentaux graves, et leur fille adoptive s'est récupérée.

Est-ce l'adoption ou la maladie qui, ici, est en cause ? " La maladie ", répond cette mère. Mais elle soupire qu'il aurait mieux valu préférer un parrainage à l'adoption. Barbara Monestier le dit aussi : " Quand on adopte un enfant grand, qui se souvient de son passé, on ne devrait pas s'autoriser d'emblée à s'appeler parent comme si on en était propriétaire. Il faut laisser le temps à l'enfant d'y venir. " Le Dr Flavigny le confirme : " A partir de 3 ou 4 ans, l'enfant doit être candidat à l'adoption. Il doit y être préparé, sinon on s'expose au pire. "

La mère de Yann et Cédric admet surtout qu'avec son mari elle avait peut-être commis une erreur en essayant de les formater aux normes des meilleurs établissements scolaires, auxquels ils ne se sont jamais adaptés. " Les gens qui adoptent mettent souvent la barre de leur idéal très haut, beaucoup plus haut que les autres parents ", observe la psychanalyste Anne Meunier. Or, beaucoup de ces enfants ont vécu des événements très traumatisants. Pas question de les effacer en un tournemain. Mais rien n'est prévu pour étayer enfants et parents dans le lent processus d'apparentement réciproque. " Il doit y avoir une proposition d'accompagnement, déclare Geneviève Miral, directrice de l'EFA. Le décalage est de plus en plus flagrant entre l'enfant qu'on a en tête et celui de la réalité. " De fait, la plupart des postulants à l'adoption rêvent de bébés, alors que se présentent de plus en plus d'enfants grands, porteurs de problèmes médicaux et sociaux. " Sans cohérence ni colonne vertébrale, le projet de loi présenté par Nadine Morano n'apporte aucune réponse ", conclut l'EFA. Plus sévère encore, le Dr Lévy-Soussan s'insurge contre le fait que, faute de moyens, on abandonne la formation des professionnels à... l'EFA, association composée de bénévoles à qui le statut de parent adoptant " ne donne aucune compétence ". Plus grave, loin d'organiser l'apparentement adopté-adoptant, des organismes font n'importe quoi. Ainsi, l'Agence française de l'adoption - épinglée par la Cour des comptes en 2009 - a, selon la juriste Jacqueline Rubellin-Devichi, procédé en 2007 au tirage au sort, en présence d'un huissier de justice, de 400 dossiers de candidats à l'adoption pour le Vietnam !

Il est de plus en plus dur de trouver un enfant à adopter. En France, 800 enfants sont adoptés par an. Le projet de loi Morano qui prévoit un assouplissement des conditions permettant d'adopter des enfants confiés à l'ASE suscite une résistance sourde d'associations craignant les abus de pouvoir. A l'international aussi, il est de plus en plus difficile de trouver un enfant. Si difficile que beaucoup de parents, soulagés de parvenir enfin au but, n'ont guère envie de couper les cheveux en quatre. La France, qui délivre environ 8 000 agréments chaque année pour à peine la moitié d'adoptions effectives, compte en permanence entre 30 000 et 35 000 couples en attente. C'est bien sûr la pénurie d'enfants qui favorise les pratiques douteuses : certains pays donnent à l'international leurs enfants les moins " adoptables ", d'autres ferment les yeux sur les trafics de petits qu'on vole ou qu'on extorque à des familles dans la misère. Mais, selon beaucoup d'experts psychiatres, le problème en France est le " laxisme " dans la politique de l'agrément, accordé par les conseils généraux, après avis des professionnels. " Ceux qui travaillent bien rejettent 20 à 40 % des candidatures, mais les deux tiers sont entre 0 et 10 %, relève le Dr Levy-Soussan. C'est un scandale. A Paris, on est à 1 %, n'importe qui peut avoir l'agrément : nous sommes au degré zéro de la prévention. " Pourtant, tout le monde n'est pas apte à adopter. Outre le ressort humanitaire, qui paraît à tous assez pathogène, la plupart des psy sont méfiants face à l'adoption par des gens un peu âgés ou célibataires (10 % des agréments). " Difficile d'échapper à une relation fusionnelle ", explique Nazir Hamad. Dans la vraie vie, répliquera-t-on, beaucoup d'enfants sont élevés en solo : " Il ne faut pas confondre le fait et le droit. Si on procède à des enquêtes poussées, c'est que la société doit pouvoir répondre à un enfant qui demande pourquoi on l'a placé dans une famille. "

Manque d'éthique en France

C'est la responsabilité du tiers social, pour Lévy-Soussan, qui juge justement que la France " manque d'éthique ". " Les conseils généraux attribuent des agréments - parfois contre l'avis négatif de la commission - à des personnes à qui ils ne confieront jamais des bébés et qui devront se tourner vers les filières à risque de l'adoption internationale. C'est une pensée colonialiste. L'honnêteté des parents n'est pas en cause, mais il faut avoir le courage d'arrêter l'adoption individuelle hors OAA, qui favorise les trafics. A 10 000 ou 15 000 dollars le prix d'un enfant pour un salaire moyen de 100 dollars, quelle filière résiste à la tentation ? "

Les professionnels de l'adoption sont inquiets de voir la ministre de la Famille plaider pour la levée partielle du secret des origines sous X et l'accouchement " dans la discrétion ". Tous les adoptés sont plus ou moins obsédés par l'idée de " savoir " ce qui s'est passé. Les satisfaire n'est pas forcément la solution, affirme Christian Flavigny. " Pour quelques histoires de retrouvailles sympathiques, combien de drames ? " Certaines familles, croyant bien faire, cultivent la nostalgie de l'enfant en lui tenant un double discours : " Tu es mon enfant, mais tu as une richesse en plus, tu as eu une autre maman, tu viens d'un pays merveilleux, etc. " Certains enfants rêvent carrément de retourner vivre là-bas, comme Nicolas qui a un drapeau colombien dans sa chambre et se fait appeler Marco. Ex-petit errant des rues de Bogota, adopté à 4 ans, Nicolas-Marco s'est livré à une kleptomanie compulsive dès son arrivée en France, avant de passer à la vraie délinquance. " Nous ne voulions pas qu'il retourne en Colombie, soupire son père. Nous avions peur qu'il ne revienne plus. Maintenant, je crains que ce ne soit Interpol qui nous le ramène. " Guilherme- Luc Malet, lui, a retrouvé sa famille brésilienne dans une favela : " Ce n'est pas pour s'acheter des montres qu'ils m'ont vendu, mais pour survivre. Finalement, j'ai eu beaucoup de chance d'être adopté. Maintenant, je reste en contact avec eux, ils sont fiers de moi. "

Certes, on connaît mille histoires heureuses. Mais les échecs sont les symptômes de dysfonctionnements lourds de conséquences. En 2009, le ministère des Affaires étrangères a accordé 3 017 visas pour des adoptions internationales ; 28 % seulement des petits venaient de pays ayant signé la convention de La Haye, censée garantir l'intérêt supérieur de l'enfant. Ce qui signifie que, dans 72 % des cas, l'adoption démarre sur des bases peu sûres. Qui, alors, garantit que l'adoption était la meilleure solution pour ces enfants ?

1) Destins de l'adoption, éd. Fayard.

2) Auteur d'Adoption et parenté : questions actuelles, éd. Erès.

3) Une question d'âge, éd. Stock.

4) Institut national d'études démographiques.

5) Auteur d'Ados en vrille, mères en vrac, éd. Albin Michel.

6) Parents d'aujourd'hui, enfants de toujours, éd. Albin Michel.


Samedi 26 Juin 2010
Jacqueline Remy

 

Et toujours la recherche des origines , qui perturbe parfois l'adoption idéalisée des adoptants:
http://www.ladepeche.fr/article/2014/04/14/1863174-enfants-creuse-reunionnais-marques-vie-exil.html

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 21:13

La loi du marché ne doit pas régir l'école républicaine.


Pour Étienne Butzbach, maire de Belfort, l'école de quatre jours du fait qu'accroître les inégalités et ruiner le projet républicain.

De nombreuses villes de France, dont Belfort, se sont engagés dans un combat important et difficile pour redonner à l'école la place centrale qu'elle doit tenir dans notre société républicaine et pour revenir à la semaine de quatre jours et demi.

La France est le pays de l'OCDE ou le retard scolaire à 15 ans est le plus important, où les écarts de résultats entre élèves ont le plus augmenté et où l'impact de l'origine sociale sur les résultats des élèves reste le plus élevé.

L'école de la république ne peut laisser le champ libre à la promotion d'une offre éducative régie par les lois du marché, par le développement de cours privés marchands et par le remplacement des maternelles par des jardins d'éveil eux aussi facturés aux familles.

L'école de quatre jours du fait qu'accroître les inégalités entre, d'un côté, une minorité de parents possédant les moyens financiers et culturels suffisants pour recourir à des compléments éducatifs, scolaires, culturels et sportifs, et de l'autre, le plus grand nombre, pour lequel l'éducation serait réduite à une école au rabais.

L'école de quatre jours, c'est la disparition à terme de l'école publique et l'ouverture de l'éducation au marché : un RMI scolaire pour tous et les suppléments pour ceux qui peuvent payer.

Au moment où la baisse de la conscience civique que nous interroge tous, une société qui ouvre ses commerces le dimanche et ferme ses écoles le samedi a du souci à se faire pour la pérennité de ses valeurs.

L'école reste la dernière grande institution républicaine permettant de socialiser les jeunes dans le creuset des valeurs de la république par le brassage, la confrontation aux règles, au savoir et à l'apprentissage de la raison critique.

Plus grave le ministre s'est hypocritement retranchée derrière le choix des conseils d'école et le compromis passé avec l'organisation syndicale pour faire de la semaine de quatre jours une loi d'airain, alors qu'avec les hauts fonctionnaires du ministère de l'éducation nationale il disait soutenir la semaine de quatre jour et demi.

Véritable " Munich de l'éducation"  , selon l'expression de l'historien Antoine Prost, cette façon couarde de gouverner révèle un formidable renoncement qui peine à masquer une volonté de casser l'école publique. La France devient ainsi une singularité en Europe, seul pays à n'ouvrir ses écoles que quatre jours sur sept.

L'une des premières mesures de gouvernement de gauche en 2012 devra  être de rétablir la semaine de quatre jour et demi, dans le seul souci de nos enfants et non de l'emploi du temps des uns ou  des autres.

J'appelle l'ensemble de mes collègues et de la communauté éducative dans ce qui est à amplifier la mobilisation autour de ce combat essentiel pour défendre et promouvoir l'école de la République.

Etienne Butzbach, maire (MRC) de Belfort.

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 23:08

Dans "Le Monde " du 21 mars 2010:

"Françaises Français,

Nous vous lamentez pas trop sur votre sort actuel, car le plus dur reste à venir.

D'abord, le chômage ne va pas baisser.


Les Chinois, avec leur coût du travail 20 fois plus faible et leur yuan sous-évalué, vont s'attaquer à de nouveaux produits et monopoliser de nouveaux marchés.
 Ce qu'ils vont gagner en niveau de vie, vous allez le perdre.
Les délocalisations vont s'accélérer.
La seule chance, pour la France, d'améliorer sa compétitivité et de rester dans la course, ce sera de se serrer très fort la ceinture sur les salaires, comme le font les Allemands depuis des années.

Vous allez gagner moins, mais vous allez devoir travailler plus et plus longtemps, pour espérer toucher une retraite à peine décente.

 Avec une protection sociale réduite, car l'État-providence, étant donné votre niveau de dette publique, c'est terminé.
Terminé.
Pour réduire nos déficits et rembourser nos emprunts, vous allez aussi devoir payer plus d'impôts. Vous, mais aussi vos enfants et nos petits-enfants. C'est à peu près le seul moyen d'échapper, et ce n'est pas même pas sûr, au sort de la Grèce."

le monde du libéralisme :

http://www.wikiberal.org/wiki/Accueil

Brrrr...

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 21:59

"Sale intello"

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C’est un petit garçon comme on se dit qu’il n’en existe plus. Calme et bien élevé, respectueux et appliqué. D’une rigueur proche de la méticulosité. Un petit garçon de douze ans, blond, à lunettes. Appelons-le Clément, pour préserver cette tranquillité qu’il aimerait tant retrouver. Clément, donc, est en cinquième dans un collège parisien d’un quartier huppé. Très, très loin des ZEP et des quartiers sensibles. Mais dans un collège public, car son père, fier de son ascension sociale, croit en l’école républicaine. Ou du moins, il y croyait, jusqu’à ce qu’il découvre qu’elle est désormais bien loin de l’idée qu’il en avait conservée. Ses amis, pourtant, l’avaient prévenu : « Tu mets Clément dans le public ? Tu es sûr ? Avec le profil qu’il a, il risque de ne pas se sentir très à l’aise… »

« Ne pas se sentir à l’aise » était en fait un doux euphémisme. Car la vie de Clément a rapidement tourné au cauchemar. Moqueries, bousculades, harcèlement… Le gamin s’est vu ostracisé par ceux-là mêmes qui l’appelaient, des heures durant, les veilles de contrôle, pour lui demander ses conseils. Son crime ? Clément est un « intello ». Un de ces « bouffons » qui font leurs devoirs, aiment apprendre et travailler, soignent leur expression pour en bannir les grossièretés ; un « bolosse », pour reprendre le vocabulaire de ces petits bourgeois qui aiment mimer les caïds dont leurs parents leur ont épargné la fréquentation en désertant la banlieue. Clément a commis l’insanité de ne pas être un « rebelle », il est un traître à la cause des jeunes. Alors il doit payer. Ses sympathiques petits camarades ont donc créé un groupe sur Facebook intitulé « Tout le monde déteste Clément l’intello ». Pensez donc ! Comment ne pas le détester, ce gamin, avec son air de premier de la classe et ses manières policées. Il fait tache parmi les jeunes de son âge ; quasiment anormal.

Il est tellement minoritaire, tellement radicalement différent, qu’il suscite fatalement l’hostilité. Que voulez-vous, l’instinct grégaire des jeunes… Comprenez donc : cette attitude, ça relève pour ainsi dire de la provocation. Les parents des charmants bambins ne l’ont pas formulé ainsi, quand la mère de Clément leur a téléphoné pour leur faire part de la situation, mais cela revenait au même. De simples jeux d’enfants. Et les enfants, tout le monde le sait, sont innocents. Et les enfants sont des « rebelles » et c’est formidable, et il faut les encourager.

Donc, pour que ne soit pas bridée leur merveilleuse créativité, les petits bourgeois affranchis qui agressaient Clément n’ont pas été sanctionnés par leurs parents. Par les professeurs non plus, d’ailleurs. Parce que, comparé à ce qui se passe ailleurs, racket, coups de poings ou de poignard, la stigmatisation de l’intelligence et du savoir, ça n’est rien. Et parce que ce lynchage sur réseaux sociaux qui est inacceptable et mérite que l’on dépose plainte quand un professeur est pris pour cible ne l’est plus quand la victime est un élève. Le fait qu’au sein même des établissements scolaires, « intello » soit devenu l’insulte suprême, et ce, non pas dans des milieux qui sont éloignés de la culture et des livres, mais chez des enfants de l’élite, de ceux qui ont bénéficié de cette culture, voilà qui relève de la fatalité, de l’inévitable porosité entre la société et l’école. Puisque ce sont les valeurs de la télévision, du « people », on ne saurait prémunir les enfants contre cela. Pas même leur expliquer ce qu’il y a de profondément nihiliste dans ce mépris, cette haine envers deux éléments, les règles de politesse et le savoir, qui fondent la civilisation.

Bien sûr, il y a plus grave ; il y a ces lycéens agressés, ces professeurs frappés. Bien sûr, Clément, malgré les convictions de son père, pourrait trouver une place dans un excellent lycée privé où la pédagogie ne sera peut-être pas meilleure, mais où les pulsions des gamins seront un peu contenue par le respect affiché envers la culture et la tradition. Mais qu’il soit permis de penser qu’il y a continuité entre les violences scolaires qui ont tenu le devant de la scène ces derniers mois – et qui ne feront que se multiplier – et la haine décomplexée du savoir qui anime l’ensemble des classes sociales. Il y a un lien entre la déstabilisation des professeurs, l’impossibilité qui leur est faite, parfois, d’exercer leur métier, et la rupture de transmission culturelle qui veut que des enfants auto-construits n’aient plus que faire des valeurs qui, jusqu’à présent, portaient la civilisation dont ils sont issus. Une rupture qu’ont applaudie les auteurs des réformes qui ont, depuis trente ans, radicalement transformé le système scolaire.

L’école française voulait jouer « Libres enfants de Summerhill », elle a reconstitué « Sa majesté des mouches ».

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 21:51

Promoteurs du traité de Lisbonne, le Peuple Français vous crache à la gueule

Pour Périco Légasse, le taux d'abstention record à l'occasion de ce premier tour des régionales est le pur effet du déni de démocratie qu'ont subi les Français lors de l'adoption du traité de Lisbonne malgré leur «non» au TCE.



(jepoirrier-flicker-cc)
Le Peuple Français, dans sa plus totale souveraineté, après avoir subi une campagne de propagande médiatique sans comparaison en faveur du vote oui, avait voté non à plus de 54% au traité constitutionnel européen le 29 mai 2005. Le 8 février 2008, le Parlement français, réuni en congrès, approuvait le traité de Lisbonne, à savoir une copie amoindrie mais reprenant les pires aspects du traité constitutionnel rejeté par les Français. Jamais la République n’avait eu à subir un tel déni de démocratie et tout le monde s’est tu. Tout le monde.

Que l’on remette en cause le résultat d’un référendum, qui plus est au bout de deux ans seulement, constitue une forfaiture politique inacceptable pour tout démocrate qui se respecte. Certes, Nicolas Sarkozy avait prévenu durant la campagne présidentielle de 2007 qu’il contournerait la décision populaire par une procédure parlementaire, mais cela ne légitime pas pour autant une violation aussi grossière du suffrage universel, particulièrement dans une grande démocratie comme la France. Avec 53,65% d’abstention au soir du 14 mars 2010, notre pays paye le prix lourd de cette violation morale de la souveraineté populaire. Car rien n’est pire que de dégoûter le citoyen de sa mission électorale, rien n’est plus dangereux que de priver un électorat de sa victoire.

C’est pourtant ce qui s’est passé, en 2008, dans notre bonne vieille république. Les électeurs auxquels les partisans du oui en 2005, l’UMP, le PS, le sommet de l’Etat, ont répondu « cause toujours », en s’asseyant sur leur vote, ont répondu « merde » à l’occasion de ces élections régionales. Ces électeurs constituent à nouveau une majorité, quasiment comparable à celle de mai 2005, manifestant son rejet d’un système qui ne sait plus que passer en force, et les leaders politiques ont beau donner toutes les explications possibles à ce désaveu populaire, aucun n’a eu le courage de reconnaître que cette abstention massive, dramatique, inquiétante, a pour principale origine ce mensonge historique qu’est l’approbation du traité de Lisbonne par ce que l’on hésite encore à qualifier de « représentation nationale ». En se détournant majoritairement des urnes, en ce 14 mars 2010, alors que les enjeux politiques n’étaient pas escamotés, bien au contraire, le peuple Français a craché à la gueule de ceux qui le méprisent. Au delà des analyses politiciennes du  moment, navrées ou triomphantes quant aux résultats de ce scrutin régional, cette situation est très grave. Très grave pour notre démocratie, très grave pour la France. Si un débat de fond sur cette tragédie politique ne s’ouvre pas sur la place publique, nous en paierons plus chèrement encore les conséquences.

Dimanche 14 Mars 2010
Périco Légasse - Marianne


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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 17:39

Celui-là aussi, comme Sarkozy , il ne faisait pas ce qu'il disait, il ne disait pas ce qu'il faisait.



Une agriculture désolée

Rédigé par PERICO LEGASSE le Samedi 31 Mars 2007



Les défenseurs du patrimoine alimentaire français ont, eux aussi, le droit de dire ce qu'ils pensent du bilan de Jacques Chirac.
Dans quel état le président de la République laisse-t-it l'agriculture de noire pays?
La réponse est tranchante: au ras du sol.
Plusieurs fois ministre, deux fois Premier ministre, chef de l'Etat depuis 1995, l'ancien élu de la Corrèze, qui se veut si proche des gens de la terre et pince comme nul autre le cul des limousines, a toujours dit combien le dossier agricole lui tenait à coeur, comme un camembert bien fait. A ce propos, ses copains du lobby laitier sont en train de lui faire la peau, au camembert.

Depuis juillet 1972, date à laquelle Georges Pompidou lui confie le portefeuille de l'Agriculture, Chirac n'aura eu qu'une obsession: métamorphoser le paysan en «ouvrier agricole» troquant son béret pour une casquette américaine.
On voit aujourd'hui le résultat.
Avec la complicité d'une FNSEA aux ordres, véritable courroie de transmission du RPR puis de l'UMP (dont l'ancien président, le redoutable Luc Guyau, est aujourd'hui le mentor agricole de Nicolas Sarkozy), l'appareil chiraquien, continuant à tirer les ficelles même quand il n'était plus au pouvoir, a transformé l'agriculture française en zone sinistrée. A la fois machine de guerre électorale, outil de propagande et réseau financier, l'agrochiraquie a fourvoyé la petite paysannerie.
Réalité d'autant plus tragique que nombre d'agriculteurs sont encore persuadés que cette politique leur a fait du bien.

Les faits sont là, têtus et douloureux. Près de 40 000 exploitations disparaissent chaque année, liquidées par les trusts agro-industriels gavés de subventions européennes. Depuis trente ans, les campagnes sont vandalisées par une politique de remembrement asservie aux cultures intensives, les paysages défigurés par un aménagement territorial ignorant les lois de l'environnement.
La politique agricole commune (PAC), projet courageux et porteur de tant d'espoirs, n'aura servi qu'à prolonger des activités en surproduction, à enrichir des gros propriétaires ou à maintenir artificiellement en vie des agriculteurs réduits à l'assistanat. Chirac, c'est l'industrialisation grimée de la ruralité, l'éradication de la paysanitude, l'aseptisation de nos terroirs, l'empoisonnement des sols et des eaux pour satisfaire la boulimie de profit du lobby agrocapttaliste et, de ce fait, le triomphe de la malbouffe.
Au lieu de préserver une certaine idée de la France, d'adapter les méthodes de production aux besoins de la société, de rationaliser les types de cultures et d'élevages, la logique chiraquienne aura, au nom de la  modernité», et à coups de promesses irréalistes, livré ce trésor national aux griffes du productivisme néolibéral.
Qui peut nier aujourd'hui que la Bretagne est en train d'épuiser ses nappes phréatiques afin de faire pousser du mais (bientôt transgénique?) destiné à nourrir des cochons de batterie qui la polluent?
Merci, Chirac.
Autant faut-il saluer celui qui a tenu tête à Bush, autant on ne regrettera pas le grand désolateur de notre République agricole.

(Il les a bien eu !)


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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 12:01
http://www.ladepeche.fr/article/2010/02/25/784418-Allieres-Ce-mal-mysterieux-qui-aneantit-les-abeilles.html  


Je trouve une raison supplémentaire à manger bio.

 

 

Ça empêche que des produits toxiques soient répandus dans la nature et empoisonnent bêtes et gens.

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 00:03

"Je devrai, dans un délai qui ne pourra excéder 24 heures, livrer le nom de ces personnalités..." LEMONDE.FR | 23.02.10 | 17h25 • Mis à jour le 23.02.10 |

 17h25 les télégrammes diplomatiques, par leur sécheresse, vont à l'essentiel. Ceux échangés entre le consul, Jean Dyrac, et le Quai d'Orsay, en ces jours dramatiques d'avril 1975, montrent que la présence des dignitaires cambodgiens était jugée indésirable par Paris. En voici les principaux extraits figurant au dossier judiciaire instruit au tribunal de Créteil.

17 avril 1975, à 12 h 45, de M. Dyrac Le diplomate annonce qu'Ung Boun Hor, président de l'Assemblée nationale, a "forcé l'entrée" de l'ambassade de France à 10 heures. "Il a excipé du droit d'asile pour la protection immédiate de sa vie, écrit le diplomate. Avec l'assistance des gardes de sécurité, j'ai tenté, mais en vain, de le refouler. Il est actuellement maintenu sous notre contrôle dans un de nos locaux. Par ailleurs, le prince Sirik Matak a cherché à me joindre par communication téléphonique pour obtenir également le droit d'asile. Je serais reconnaissant au département de bien vouloir me faire savoir d'extrême urgence la conduite à adopter à leur égard dans l'hypothèse où les nouvelles autorités demanderaient à ce que ces personnalités leur soient livrées."


17 avril, à 12 h 50, de M. Dyrac "Le prince Sirik Matak a réussi à pénétrer dans l'enceinte de notre ambassade en franchissant les grilles, avec deux de ses gardes du corps en tenue civile."

17 avril, à 14 h 09, du cabinet du ministre à M. Dyrac Le Quai d'Orsay expose son point de vue : impossible de donner satisfaction aux demandes des dignitaires. "Il leur reste dès lors à apprécier s'il n'est pas de leur intérêt de chercher refuge en un autre lieu et de quitter en tout état de cause rapidement le territoire de notre établissement."

18 avril, 15 h 18, de M. Dyrac aux directeurs du Quai Le consul fait un point sur la situation, à 14 heures, dans l'enceinte de l'ambassade. Dans un bel euphémisme, il explique que l'entretien avec les représentants du comité de la ville a été "d'une cordialité réservée". Les Khmers rouges ont exprimé leur "vive satisfaction" après la reconnaissance du nouveau pouvoir par le gouvernement français. Ils ont prétendu que l'évacuation générale de Phnom Penh, "jugée indispensable, ne s'appliquait pas aux ambassades ni surtout aux Français", ce que les semaines suivantes démentiront. En outre, note le consul, ils ont souhaité obtenir la liste des blessés, qui "leur sera fournie". Autre exigence : pouvoir visiter l'ambassade. "Ce à quoi nous leur avons répondu par la promesse d'établir dans les trois jours la liste de toutes les personnes présentes."


18 avril, également envoyé à 15 h 18 par M. Dyrac Acculé, craignant une entrée en force dans l'ambassade, le consul cède aussi sur le reste. "Suite ultimatum de la délégation du comité de la ville, je me trouve dans l'obligation, afin d'assurer la sauvegarde de nos compatriotes, de faire figurer sur la liste des personnes présentes dans l'ambassade : 1) le prince Sirik Matak et deux de ses officiers ; 2) la princesse Mom Manivong d'origine laotienne (troisième épouse du prince Sihanouk), sa fille, son gendre et petits-enfants ; 3) M. Ung Boun Hor, président de l'Assemblée nationale ; 4) M. Loeung Nal, ministre de la santé. Sauf ordre exprès et immédiat du département m'enjoignant d'accorder l'asile politique, je devrai, dans un délai qui ne pourra excéder 24 heures, livrer le nom de ces personnalités."

18 avril, 18 h 10, du cabinet du ministre à M. Dyrac "Vous voudrez bien établir la liste nominative des ressortissants cambodgiens qui se trouvent dans les locaux de l'ambassade, afin d'être prêt à communiquer cette liste à l'expiration du délai qui vous est fixé."


20 avril, 11 h 55, de M. Dyrac "Après intervention de ma part, le comité de la ville a autorisé ce matin les ressortissants cambodgiens qui s'étaient réfugiés dans notre ambassade à en sortir librement, à l'exception des personnalités de l'ancien régime. Ces derniers feront partie d'un autre groupe.", explique le consul français.

20 avril, 13 h 26, de la direction politique Asie du ministère à M. Dyrac "Veuillez préciser conditions départ envisagées pour groupe personnalités ancien régime."


20 avril 1975, 14 h 44, de M. Dyrac "Le prince Sirik Matak et les personnalités citées en référence se sont présentés de façon très digne cet après-midi à un comité non identifié (Funk ou ANL) venu les accueillir en Jeep devant les grilles de l'ambassade."

Piotr Smolar


Merci au journal Le Monde

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 22:10

Point de vue

Identité = souveraineté, par Georges Sarre

LEMONDE.FR | 08.12.09 | 11h43  •  Mis à jour le 08.12.09 | 11h53



Dans la République, l'identité nationale se confond avec la citoyenneté, impliquant l'exercice en commun de la souveraineté. Si celle-ci est ignorée, livrée à quelque instance supranationale, si donc la nationalité est déconnectée de la citoyenneté, il ne reste plus que l'ethnicité. Voilà pourquoi le débat sur l'identité nationale, proposé par le président de la République, piège tous ceux qui acceptent le traité de Lisbonne, et par-là même atteint son objectif premier, son objectif politicien. Mais voilà aussi pourquoi ce débat peut se retourner contre son initiateur, si les républicains sont suffisamment forts pour y faire entendre la conception française de la nation, pour isoler les quelques tenants de la conception allemande, qui se situent à l'extrême droite de l'éventail politique.

Une trop grande partie de la gauche est paralysée de peur devant le mot "nation", oubliant qu'il est à la racine même d'"internationalisme". Et l'internationalisme, loin d'être la négation des nations, est la coopération entre les nations, mais entre des nations souveraines, des nations dans lesquelles les peuples s'expriment librement. Cette gauche craintive croit pouvoir dissoudre les nations dans des ensembles plus ou moins artificiels, dans lesquels les peuples sont sommés de voter conformément aux exigences de couches dirigeantes cooptées. Si un peuple n'obtempère pas, il est condamné soit à revoter jusqu'au moment où il se conforme, comme en Irlande, quitte à lui faire quelques concessions formelles, soit il est contourné, comme en France. Ainsi, la volonté du peuple français exprimée le 29 mai 2005 a été bafouée par le Congrès le 4 février 2008.

A partir du moment où la France n'est plus l'expression d'une volonté politique souveraine, à partir du moment où l'objet même de l'espace public devient flou, les Français, quelles que soient leurs origines culturelles et géographiques, ne trouvent plus dans la citoyenneté le support à leur intégration dans la collectivité nationale. Pour légitimement se donner une identité qui dépasse leur propre personne, ils sont contraints de puiser dans leur sphère privée, faisant appel à la religion, à l'origine ethnique ou à tout autre critère qui, en France, appartient au particulier de chacun. Alors, les nouveaux Français, et les anciens, ne voient plus que les différences, souvent les plus superficielles, qui les séparent entre eux. Il ne leur reste plus que le repli communautariste. Pour les Français immigrés ou de parents immigrés, ce communautarisme permet de combiner leurs liens avec leurs "compatriotes de là-bas" et un étroit localisme limité au lieu d'habitation.

Si la souveraineté inclut la coopération sous forme intergouvernementale, elle exclut la démarche européenne dite communautaire. Dans la République, pour qu'une décision s'impose au peuple français, il faut que les instances qu'il a démocratiquement désignées à cet effet aient dûment et librement approuvé ladite décision. Une directive européenne devrait pouvoir être amendée par le Parlement français. Les décisions des cours de justice supranationales devraient être indicatives, et non impératives.

Mais il ne suffirait pas que les citoyens aient enfin retrouvé leur capacité à agir sans contrainte extérieure dans l'espace public. Il faut encore qu'ils soient fiers de leur citoyenneté, qu'ils soient fiers de la nation à laquelle ils appartiennent, non pas au détriment des autres, mais en connaissant l'histoire dont ils sont les héritiers. La fierté républicaine ne repose pas sur le sang, sinon sur le sang versé pour la liberté. La fierté républicaine repose surtout sur la culture, dont les citoyens doivent être les promoteurs et les défenseurs. Cette culture dont tout citoyen français est l'héritier simplement parce que juridiquement il est citoyen français. Or, précisément, en ce moment même, le gouvernement porte un nouveau coup à l'enseignement de l'histoire, la discipline qui permet de comprendre que l'identité nationale, en France, ne repose pas sur la génétique, mais sur le politique. Pour appréhender le débat public, sinon y participer, un citoyen doit au moins se percevoir dans une continuité temporelle, qui lui permet d'envoyer son arbre généalogique dans sa sphère privée.

Il faut donc ouvrir les portes de ce débat sur l'identité nationale, ne pas les laisser coincées dans l'opération électoraliste où voudrait les confiner le président de la République, ne pas laisser la patrie, notre bien commun le plus précieux, dans des marécages peu ragoûtants. Au contraire, la question nationale doit prendre toute son ampleur pour interroger et modifier la politique française dans son ensemble, pour la remettre à l'endroit, pour maintenir l'intime fusion entre identité nationale et identité républicaine. Alors, seront traitées dans un même mouvement la question nationale et la question sociale, parce que le problème des quartiers dits sensibles est à la fois celui du chômage et celui de la culture. Et la France ne retrouvera le chemin de l'emploi que par une politique volontariste de réindustrialisation, politique qui demande que les nouvelles productions, quelles qu'elles soient, soient protégées, au moins dans un premier temps. Le grand emprunt n'a de sens que s'il sert à investir dans des industries permettant d'assurer l'avenir et de rééquilibrer la balance commerciale.

Mais, alors, il faut remettre en cause les dogmes libre-échangistes du FMI, de l'OMC et de l'Union européenne. Mais, alors, il faut que le peuple français retrouve sa pleine souveraineté. Ainsi donc, ce débat sur l'identité nationale est soit une politicaillerie qui confine à la canaillerie, soit à l'inverse, si les républicains s'en emparent, le prélude à une véritable modernisation de la France.

Georges Sarre est ancien ministre, adjoint au maire de Paris, chargé de la sécurité et de la prévention.



 

 

 

 

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